Moi qui n'arrive toujours pas à me définir je me demande sans cesse de quoi je peux bien avoir l'air sous le regard des tiers. Même dans la quiétude je me découvre de nouveaux tourments, même
lorsque je devrais me réjouir je m'impose des barrières, ces fichus lignes éffilées de barbelés dans lesquelles je m'emmêle au fil des jours. Je n'ai pas le courage ni la volonté d'aller
véritablement de l'avant alors je finis par stagner; si en surface les choses changent, lieu de vie, apparences, dans le fond, je reste ce que je suis : rien. Plein de choses à dire, à cracher
mais qui ne veulent pas sortir, comme un vieux rhume dont on ne parvient pas à se débarrasser au creux d'un hiver trop humide.
J'aimerais me sentir rassurée, enthousiaste à l'idée de toutes ces nouveautés, je voudrais te crier "Don't wake me up, Let me dreaming" mais tu n'en
entendrais pas un traître mot; j'ai besoin de me nourrir de mes rêves pour passer de jour en jour, besoin de ces petits espoirs que je tisse à partir de tout petits riens. J'aime à croire qu'un
autre futur est possible, à petite échelle, grain de sable par grain de sable, je me plais à croire qu'avec un brin de subtilité je parviendrai à mes fins, mais à quel prix? J'ai appris à déjouer
les mauvais hasards, à changer mes buts, modifier l'issue de mes rêves, transfigurer une désillusion en une dévotion tout autre au bonheur d'êtres particulièrement chers à mon coeur. C'est ainsi
que je panse lentement mes blessures amoureuses. Il n'y a que l'unique relation vécue pour ne me laisser aucun remord d'en avoir fini. Celles dont j'ai rêvé en n'étant jamais plus qu'une amie en
revanche, me font encore souffrir quand je me laisse aller aux souvenirs.
Même dans six ans je ne t'aurai pas oublié toi qui est dans mon présent, pas toi. Tu as trop d'importance dans ma vie, communication furtive, esquisse de discussion, parfois dialogue réel,
absence et retour, tout se grave, s'inscrit dans ma mémoire affective et laisse des sillons indélébiles en moi.
Je rêve du jour où la relecture de ces mots me rendra nostalgique et inquiète, de ce jour où ils ne me concerneront plus, jusqu'à ma prochaine descente aux Enfers. Peut-être seras-tu là pour m'y
accompagner, peut-être en seras-tu l'instiguateur. Je prends tout ce qui peut alimenter mes illusions jusqu'au jour où ça me claque en pleine figure, jusqu'au moment où quelqu'un a le courage d'y
mettre un terme, de façon violente, brusque, directe. Comme on chasse un insecte, on me chasse; je m'écarte, m'efface, me fais toute petite, et quelques années plus tard, on reprend contact, ou
pas du tout. Et j'essaie de faire bonne figure, n'abordant plus jamais le thème des sentiments qui m'ont fait m'attacher tant. Comme une rencontre "en souvenir du bon vieux temps". Il en est que
j'aurai du mal à revoir en chair et en os face à un triple quadruple café expresso hyper serré tant ces retrouvailles me seraient douloureuses, et pourtant, je sais que lorsque l'occasion
s'en présentera, je n'hésiterai pas, quitte à me faire un ulcère en deux heures, je suis tellement maso que je foncerai droit devant. Je commence à connaître mes faiblesses et pourtant, je ne
fais rien pour m'en préserver, au contraire, je tente de les apprivoiser, d'en tirer le meilleur parti, attiser le feu et faire rougir l'acier pour ajouter à la violence des ressentis. Je ne
crois pas que cette intensité soit partagée lorsqu'elle se produit, je pense que je suis la seule à cogiter ainsi, quoique...
Des retrouvailles sont prévues sous peu, quelques semaines, quelques mois peut-être, mais l'heure fatidique approche. Pourvu qu'il n'y ait aucune tierce personne pour venir les gâcher. Je
voudrais que les premiers mots soient échangés en duo, dans un lieu public ou à l'écart, je m'en fiche, je souhaite que soit préservée la "scène du crime", ces quelques premières
secondes, premières minutes. A ce jeu du détail ma mémoire est bonne, je sais que tout restera, tout ira bien, et le soir, une fois seule, je pourrai pleurer toutes mes larmes de regrets et de
rancune. Je suis de nature rancunière, j'en veux à ceux/celles qui blessent les quelques êtres qui comptent pour moi, bien que rares soient ceux que je vois encore.
Ils pourraient m'appeller du jour au lendemain, me demander à peu près tout ce qu'ils voudraient que je serais là, prête à bouger à la moindre requête, à la moindre esquisse. Je ne pense pas
qu'ils aient conscience de ce pouvoir si étendu qu'ils ont sur moi. Si l'un d'eux s'avérait être plus sadique que la moyenne, il pourrait se jouer de moi sans que je m'en apperçoive ou ne m'en
plaigne tant j'ai idolâtré ce qu'ils représentaient pour moi. Je crois que c'est par fidélité à tous ces sentiments qu'ils ont fait naître en moi que je serais capable d'obéir au doigt et à
l'oeil. Trois. Trois hommes dans ma vie qui peuvent faire de moi leur marionnette. Et moi qui n'ai personne à manipuler. Je peux certes influencer, mais guère plus.
Je pense qu'avec un peu d'entraînement je pourrais assez facilement manipuler les autres, mais jusqu'ici je n'en ai pas vu l'utilité, je préfère apporter que prendre, c'est moins honteux même si
ça ne rend pas plus heureux...
J-2 pour l'une des nombreuses étapes qui m'attendent.
Trust in me, I miss You so...
Sweet dreams are made of this... (MM) pour ceux/celles qui voudront bien comprendre