Je suis là à te regarder mais tu ne me vois pas. Attentif, tu veux juste oublier, oublier le temps qui s’enfuit, oublier le temps qui
glisse entre nos mains. L’heure approche, le gibet déjà au loin se profile, déshabillé de la nuit, il scintille du givre que le petit matin a déposé. Mon bébé, rendors-toi, savoures bien tes
rêves pour nous deux, bientôt nous serons séparés. Bébé, dors paisiblement, je m’en vais vers mon destin et je t’abandonne à la vie. Tu observes le temps que nous avons perdu, mais il est déjà
trop tard, l’heure approche, fermes les yeux et laisses-toi aller. Je dois partir maintenant, l’heure approche, sonne le glas, l’heure de mon trépas est arrivée, je te rends ta
liberté.
Un mur a été érigé au fil des ans. Il s’est refermé sur nous, nous avons construit notre prison de tous ces mensonges que nous avons
partagés sans aucune honte. Non, ce n’était pas un monde d’illusions, non, leur vœu n’était pas utopique. Ils ont bafoué toute confiance, ils ont amené l’intolérance à son apogée, et tout le
monde a fermé les yeux sur cette réalité. Tous coupables, vous avez tué l’espoir en connaissance de cause, vous avez dilué les couleurs de l’enfance, vous avez distillé en moi les fureurs de la
haine. Pourquoi ? Pourquoi avez-vous laissé faire ? Il aurait suffit de quelques mots pour souffler ce château de cartes. Mais vous avez été lâches, comme toujours, vous avez engendré
votre propre perte, et ce mur s’effondre sur nous, nous écrase de sa masse honteuse, nous étouffe de ses larmes de feu. Votre indifférence a su briser le cristal de mon innocence.